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Portrait | Patrick Richeux, précurseur des catamarans de pêche en aluminium et constructeur de Ilboued

posté les 15/03/2025 par Bruno vue(s)9

Patrick Richeux

Patrick Richeux

Ilboued en construction au chantier Richeux

Ilboued en construction au chantier Richeux

Portrait | Patrick Richeux, précurseur des catamarans de pêche en aluminium et constructeur de Ilboued

#Ilboued est à vendre

posté le 15/03/2025 par Bruno vue(s)9

Publié le 24/04/2023 18:18  | Mis à jour le 24/04/2023 20:23 

Patrick Richeux, 66 ans, est le patron du chantier naval Alunox de Saint-Malo. Dans l’industrie navale depuis plus de 40 ans, il a été dans les premiers à construire des catamarans de pêche en aluminium et cherche désormais à passer la main.

La routine du chef d’entreprise est bien rodée. Levé à 6 h, il prépare ses brouillons de commandes. Après un deuxième café, Patrick Richeux ouvre les portes du chantier à 8 h 15. « À partir de là, je me consacre à l’atelier et aux clients », explique-t-il en montrant la vedette de servitude portuaire pour Belle-Île en finition ce jour-là. La fin de journée est consacrée aux démarches administratives. Et le dimanche, il prend le temps de dessiner ses bateaux, à la main. « Je dois être un des derniers à faire cela », sourit-il.

Patrick Richeux est patron de chantier naval depuis plus de 40 ans et a créé Alunox, à Saint-Malo, en 1999. Il y travaille l’aluminium, pour des navires de plaisance comme de travail : navettes portuaires ou à passagers, barges ostréicoles ou encore bateaux de pêche. « On a toujours travaillé pour ces deux secteurs afin de garder un équilibre en cas de crise dans l’un ou l’autre. » Le chantier a compté jusqu’à une dizaine de salariés. Aujourd’hui, il n’y en a plus qu’un, un précieux chaudronnier-soudeur présent depuis onze ans. Patrick Richeux évoque la difficulté de recruter des professionnels qualifiés, ce qui était déjà un problème dans les années 1980 mais s’est accentué ces dernières années. Surtout dans un petit chantier, « où il faut savoir être multifonction ». Il parle aussi de sa volonté de passer la main, à 66 ans. Il a proposé à son salarié de reprendre l’affaire et a eu plusieurs touches mais rien de concret pour le moment. « J’ai du mal à lâcher, avoue-t-il, mais je veux aussi transmettre ce que je sais faire. »

1980

Patrick Richeux se met à son compte et construit son premier catamaran de pêche, le Diogène.

1999

Il crée le chantier naval Alunox, à Saint-Malo.

2016

Il livre le fileyeur-caseyeur Alexis IIIpour l’armement Tared de Dunkerque. Un navire au gabarit hors norme de 8 mètres de large pour 12 de long.

Son savoir-faire, c’est notamment la construction de catamarans de pêche en aluminium, la spécialité de la maison. C’est avec ce modèle qu’il a commencé lorsqu’il s’est mis à son compte la première fois, en 1980, à l’âge de 24 ans. « J’ai fait le tour des quais avec mes cartes de visite, se souvient-il. Huit jours plus tard, j’ai eu la visite d’un pêcheur de Saint-Malo, Charles Villalon, qui voulait un catamaran de 12 mètres à propulsion mixte voile et moteur. Le catamaran de pêche en aluminium à l’époque, ça n’existait pas en France où les monocoques bois et acier étaient la norme. Nous étions des précurseurs, avant même qu’Ocea ne se mette sur le créneau. » Ainsi est né le Diogène. Le premier d’une longue série.

Avant de se lancer, Patrick Richeux a d’abord pratiqué la mer. Lors de son service militaire tout d’abord, en tant qu’infirmier rattaché au voilier Étoile. « J’ai failli faire carrière dans la Marine nationale », raconte-t-il. Le chaudronnier de formation choisit finalement de filer en mer du Nord pour bosser en sous-traitance pour Elf en tant que magasinier sur une plateforme pétrolière. Des embarquements de deux mois, des conditions de travail difficiles. Mais la volonté de créer, de construire, d’être indépendant aussi le pousse à lancer sa propre affaire. « Même si gérer une entreprise, ce n’est pas moins compliqué, rappelle-t-il. Il faut être chef d’orchestre tout en sachant jouer de tous les instruments : la soudure, le plan, la mécanique, la gestion, les ressources humaines… » C’est aussi ce qui fait la beauté du métier.

 

« L’envie d’inventer des bateaux était plus forte. »

 

Pour autant, la vie d’entrepreneur de Patrick Richeux n’a pas été un long fleuve tranquille. Il a mis la clé sous la porte deux fois, fin des années 1980 et milieu des années 1990. Des litiges avec des clients pêcheurs ont lourdement pesé sur les finances du chantier et le moral du dirigeant et de sa famille. « J’ai failli repartir au pétrole, car ça payait bien, mais cela signifiait ne plus voir ma femme et mes enfants, ce n’était pas possible. Et l’envie d’inventer des bateaux était plus forte. »

Alors il a remis le couvert avec Alunox. Avec succès, car Patrick Richeux a construit au cours de sa carrière des dizaines de bateaux pour tout le littoral français, « de Saint-Jean-de-Luz à Dunkerque, et même pour la Belgique et Saint-Pierre et Miquelon. Et beaucoup naviguent toujours », souligne-t-il avec fierté. Avec des clients fidèles, comme les familles Escoffier à Saint-Malo ou Tared à Dunkerque, qui lui ont commandé à plusieurs reprises des bateaux neufs, comme l’Alexis III, un 12 mètres livré fin 2016. Et petit clin d’œil du destin, il retourne régulièrement faire de menus travaux sur le Diogène, devenu depuis leTraversaine et transformé en navire de travail pour les Phares et balises, toujours à Saint-Malo. Preuve que les navires de Patrick Richeux ont encore de belles années devant eux.