Comme tout voilier conçu pour le grand voyage, Ilboued n'est pas né parfait. Si les grands choix architecturaux se sont révélés particulièrement pertinents, plusieurs milliers de milles de navigation ont permis d'identifier des améliorations qui ont progressivement façonné le bateau que l'on connaît aujourd'hui.
1991 : le voyage aux Açores, un révélateur
En 1991, Ilboued effectue une longue croisière vers les Açores. Cette navigation comprend notamment une traversée de treize jours de mer sans escale.
Cette expérience constitue un véritable banc d'essai grandeur nature. Pendant plusieurs semaines, nous vivons au rythme du bateau, observons ses réactions et identifions ses points forts comme ses faiblesses.
À notre retour, une liste précise de modifications est établie en vue du grand projet qui se dessine alors : un tour du monde en famille.
1992-1993 : retour au chantier pour préparer le tour du monde
Deux ans avant le départ, Ilboued retourne à Saint-Malo, aux Chantiers Richeux où il avait été construit.
Plusieurs améliorations importantes sont alors réalisées.
Un bout-dehors et un génois agrandi
Comme de nombreuses goélettes, Ilboued présentait un léger caractère ardent. La répartition de la voilure favorisait naturellement l'arrière du bateau.
Afin de rééquilibrer le plan de voilure, un bout-dehors est installé et le génois est agrandi. Cette modification améliore sensiblement l'équilibre sous voile et réduit les efforts à la barre.
Refonte complète de la barre et du pilote automatique
L'un des points faibles identifiés lors du voyage aux Açores concernait le système de barre.
La direction était relativement dure et le pilote automatique de l'époque manquait de puissance dès que les conditions se renforçaient.
L'ensemble du système est alors repensé.
Une barre hydraulique est installée ainsi qu'un pilote automatique Autohelm 7000 directement couplé au vérin hydraulique. Cette configuration apporte un confort de navigation incomparable et transforme littéralement les longues traversées.
Un carré plus lumineux
L'intérieur du bateau présentait également une faiblesse : le carré était jugé un peu sombre et manquait de visibilité sur l'extérieur.
Quatre hublots supplémentaires sont alors installés dans la coque afin d'apporter davantage de lumière naturelle et d'ouvrir visuellement l'espace intérieur sur la mer.
L'autonomie énergétique
L'autonomie énergétique constituait déjà une préoccupation majeure.
À cette époque, les panneaux photovoltaïques restent rares, lourds, peu performants et financièrement inaccessibles.
Pour préparer le tour du monde, Ilboued est équipé :
- d'un alternateur sur l'arbre d'hélice ;
- d'une éolienne de forte capacité.
Pour le début des années 1990, cette installation place déjà le bateau parmi les voiliers les plus autonomes de sa catégorie.
1994-1997 : les améliorations du tour du monde
Trois années de voyage autour du monde permettent d'affiner encore certains détails.
Un balcon arrière
Au cours du voyage, un balcon est ajouté à l'arrière du bateau.
Cette modification améliore sensiblement la sécurité lors des manœuvres et apporte davantage de confort dans la vie quotidienne à bord.
Une plateforme arrière à Phuket
Lors d'une escale à Phuket, en Thaïlande, une plateforme est ajoutée sur le tableau arrière.
Elle facilite l'accès à l'annexe, la baignade et les nombreuses activités liées à la vie au mouillage sous les tropiques.
1997-2006 : la restauration de Jean-Pierre
Après notre retour en France et la vente du bateau, Jean-Pierre entreprend un travail considérable.
Après avoir transporté Ilboued en région parisienne, il réalise pendant plusieurs années une restauration complète du bateau.
Ce chantier de grande ampleur permet de remettre à niveau de nombreux équipements et contribue largement à préserver le bateau dans un état exceptionnel.
Une grande partie de la qualité de conservation d'Ilboued aujourd'hui lui doit beaucoup.
Depuis 2011 : simplifier pour naviguer seul
Lorsque je rachète Ilboued en 2011, mon programme de navigation est différent de celui des années du tour du monde.
Je navigue davantage seul ou avec un équipage réduit.
Les améliorations vont donc progressivement dans le sens d'une plus grande simplicité.
Une nouvelle misaine
La transformation la plus importante intervient en 2017.
La misaine aurique d'origine, magnifique mais relativement complexe à manœuvrer, est remplacée par une voile moderne entièrement lattée (full batten).
Cette évolution simplifie considérablement les manœuvres tout en améliorant les performances du bateau au près.
Aujourd'hui, près de 100 m² de voilure peuvent être établis seul en une dizaine de minutes.
Construction d'un dog-house
Un dog-house est également ajouté au-dessus du poste de barre.
Cette protection améliore considérablement le confort de veille et permet de barrer à l'abri du vent, des embruns et du soleil tout en conservant une excellente visibilité.
Les évolutions récentes : vers l'autonomie énergétique moderne
Les progrès réalisés dans le domaine de l'énergie embarquée ont profondément modifié les possibilités offertes aux voiliers de voyage.
Les équipements installés dans les années 1990 ont progressivement laissé place à des solutions beaucoup plus performantes.
Les mâtereaux arrière supportant l'éolienne et les petits panneaux solaires ont été supprimés.
L'alternateur d'arbre d'hélice a également disparu.
À leur place, trois panneaux solaires modernes ont été installés sur le dog-house et sur le roof central.
Avec une surface totale d'environ 2 m² et une puissance proche de 600 watts, cette installation produit davantage d'énergie que tous les systèmes précédents réunis, tout en étant totalement silencieuse et sans entretien.
Une évolution fidèle à l'esprit d'origine
Depuis sa mise à l'eau en 1988, Ilboued a évolué en permanence.
Pourtant, sa philosophie n'a jamais changé.
Chaque modification a poursuivi le même objectif : rendre le bateau plus simple, plus sûr, plus confortable et plus autonome, sans jamais remettre en cause les principes qui ont guidé sa conception.
C'est probablement cette capacité à évoluer tout en restant fidèle à lui-même qui explique qu'après près de quarante ans, Ilboued demeure toujours aussi actuel.
Cette chronologie montre quelque chose d'intéressant : les modifications majeures concernent presque exclusivement l'ergonomie, le confort et l'autonomie. Les choix architecturaux fondamentaux (coque, biquille, dérive, pont sans cockpit, pavois, goélette) n'ont pratiquement jamais été remis en question, ce qui est sans doute le meilleur hommage que l'on puisse rendre à la conception d'origine.