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La biquille et la dérive centrale : un choix de liberté

posté les 09/06/2026 par Bruno

La biquille et la dérive centrale : un choix de liberté

#Tout savoir sur Ilboued

posté le 09/06/2026 par Bruno

Lorsque nous avons conçu Ilboued, nous ne cherchions pas seulement à construire un bateau capable de traverser les océans. Nous voulions également un voilier libre de ses mouvements, capable d'explorer les côtes, de s'aventurer dans les faibles profondeurs et de s'échouer en toute sécurité lorsque les circonstances ou l'envie l'exigeaient.

C'est cette réflexion qui nous a conduits à adopter une architecture relativement rare : une biquille associée à une dérive centrale relevable.

L'échouage comme mode de vie

Ayant beaucoup navigué sur les côtes bretonnes, nous étions familiers des contraintes et des avantages liés aux marées.

Pour nous, l'échouage n'était pas une situation exceptionnelle mais une fonctionnalité recherchée. Pouvoir se poser sur une plage, dans une ria, au fond d'une rivière ou dans un port asséchant ouvrait des possibilités considérables.

La biquille permet précisément cela.

Lorsque la mer se retire, Ilboued se pose naturellement sur ses deux quilles et reste parfaitement stable sans béquilles ni support extérieur. Cette capacité simplifie l'entretien, facilite certaines interventions sous la coque et permet surtout d'accéder à des lieux souvent inaccessibles aux voiliers à quille profonde.

Conserver les performances

La contrepartie classique d'une biquille est une moins bonne efficacité au près. Des quilles plus courtes offrent généralement moins de résistance à la dérive qu'une quille profonde traditionnelle.

Pour éviter cet inconvénient, nous avons associé les deux quilles à une dérive centrale relevable.

Lorsque les conditions l'exigent, notamment au près, la dérive est abaissée et améliore considérablement la capacité du bateau à remonter au vent. Dès que l'on souhaite retrouver un faible tirant d'eau ou que l'on navigue aux allures portantes, elle peut être remontée.

Cette combinaison permet de profiter des avantages de la biquille sans sacrifier les qualités de navigation indispensables à un bateau de grande croisière.

Des quilles structurelles

Sur Ilboued, les quilles ne sont pas de simples appendices fixés sous la coque.

Elles font partie intégrante de la structure du bateau.

Construites en aluminium de forte épaisseur, elles contiennent le lest principal, entièrement noyé dans la résine. Cette conception assure une parfaite étanchéité et une très grande robustesse dans le temps.

Dès l'origine, nous souhaitions un bateau capable de supporter sans drame les petits accidents de navigation qui font partie de la vie d'un voyageur au long cours : échouages imprévus, talonnages ou contacts avec le fond.

Près de quarante ans plus tard, cette philosophie s'est révélée pleinement justifiée.

L'épreuve du corail

J'en ai fait personnellement l'expérience lors d'une escale en Thaïlande.

À la suite d'une mauvaise appréciation du mouillage, Ilboued s'est retrouvé posé sur un platier de corail. Un clapot mal orienté a ensuite provoqué pendant plusieurs heures des mouvements répétés du bateau sur le fond dur.

Chaque vague faisait légèrement bouger la coque qui venait reposer à nouveau sur le corail.

Pour tout propriétaire de bateau, ce genre de situation est particulièrement stressant.

Pourtant, lorsque la mer est remontée et que le bateau a pu être inspecté, aucune déformation ni aucun dommage structurel n'ont été constatés.

Les quilles avaient encaissé sans faiblir des heures de frottements et de chocs sur un fond particulièrement agressif.

Je reste persuadé qu'une coque en polyester classique aurait subi dans les mêmes circonstances des dégâts considérables, voire irréversibles.

Cet épisode a confirmé ce que nous recherchions dès la conception : un bateau capable de supporter les imprévus du voyage sans mettre en péril la sécurité de son équipage.

Une philosophie de navigation

Au fil des années et des milliers de milles parcourus, la biquille associée à la dérive centrale s'est révélée être bien davantage qu'une solution technique.

Elle participe directement à la manière dont nous vivons la navigation.

Elle permet d'explorer des mouillages peu fréquentés, de remonter des rivières, de s'approcher des plages, de s'échouer lorsque cela est utile ou simplement agréable, tout en conservant les qualités marines nécessaires aux grandes traversées.

C'était l'un des objectifs du projet Ilboued : ne pas choisir entre navigation côtière et navigation hauturière, entre exploration et voyage lointain.

Près de quarante ans après sa mise à l'eau, je considère toujours que cette architecture constitue l'une des grandes réussites du bateau. Elle lui offre ce que nous recherchions avant tout : la liberté d'aller partout.