Ilboued n'est pas un voilier de série. C'est un bateau unique, né à la fin des années 1980 d'une réflexion menée pendant plusieurs années par Dominique Paulet, ingénieur et architecte naval, avec la participation de ses deux fils, Christophe et Bruno, ainsi que d'une amie proche de la famille.
L'ambition était simple à formuler mais particulièrement difficile à réaliser : concevoir le voilier idéal pour le voyage, capable de réunir les qualités des bateaux traditionnels tout en s'affranchissant de leurs inconvénients.
Les concepteurs avaient beaucoup navigué sur des voiliers anciens. Ils appréciaient leur élégance, leur douceur à la mer, leur sécurité, leur capacité d'emport et la convivialité de leur vaste pont dégagé. Mais ils connaissaient également leurs limites : entretien important, gréements exigeants, équipages nombreux, manœuvres physiques et contraintes liées aux matériaux traditionnels.
L'idée fondatrice d'Ilboued fut donc de conserver l'esprit des grands voiliers de travail et de voyage tout en intégrant les techniques modernes.
Le choix d'une coque en aluminium s'imposa rapidement pour sa robustesse, sa longévité et sa facilité de réparation partout dans le monde. Le gréement de goélette fut retenu pour sa souplesse d'utilisation et la répartition harmonieuse de la voilure. La biquille associée à une dérive centrale devait permettre un faible tirant d'eau, l'échouage sans béquilles et l'accès à des mouillages inaccessibles à de nombreux voiliers de grande croisière.
Mais la singularité d'Ilboued ne réside pas uniquement dans ses caractéristiques techniques.
L'un des objectifs majeurs du projet était de retrouver le plaisir de vivre sur le pont. Contrairement aux voiliers modernes organisés autour d'un cockpit souvent exigu, Ilboued dispose d'un vaste pont en teck entièrement dégagé, bordé d'un pavois protecteur. Ici, le pont n'est pas seulement un lieu de manœuvre : c'est un véritable espace de vie. On s'y promène librement, on s'y retrouve entre amis, on y partage les repas, les escales et les soirées. Cette philosophie, héritée des vieux gréements, constitue encore aujourd'hui l'une des caractéristiques les plus appréciées du bateau.
Le cahier des charges était particulièrement ambitieux. Ilboued devait être capable aussi bien de naviguer le long des côtes bretonnes que de traverser les océans. Il devait pouvoir accueillir un équipage nombreux tout en restant manœuvrable en équipage réduit. Il devait offrir confort, sécurité, autonomie et simplicité d'utilisation quelles que soient les conditions rencontrées.
La conception fut réalisée au sein de la SBERN à Lorient sous la direction de Dominique Paulet. La coque fut construite par les Chantiers Richeux à Saint-Malo. Les aménagements intérieurs et le travail du bois furent confiés aux Établissements Labbé, dirigés par Raymond Labbé, dont le savoir-faire était largement reconnu. Le gréement fut réalisé avec le concours de Victor Tonnerre, maître voilier et ami de la famille.
Lancé en mai 1988, Ilboued valida progressivement tous les choix de ses concepteurs au fil de nombreuses navigations vers l'Irlande, les Açores et les côtes européennes.
La véritable épreuve eut lieu en 1994 lorsque la goélette entreprit un tour du monde de trois années. Traversant les océans, franchissant les canaux de Panama et de Suez, Ilboued confirma pleinement les qualités attendues de sa conception. Le bateau se révéla sûr, confortable, facile à manœuvrer et remarquablement adapté à la vie au long cours.
Près de quarante ans après son lancement, Ilboued poursuit sa route. Toujours entretenu, amélioré et modernisé dans le respect de sa philosophie d'origine, il demeure fidèle au projet imaginé à la fin des années 1980 : un voilier de voyage élégant, robuste, autonome et convivial, conçu non pour battre des records mais pour parcourir le monde avec sérénité.
Plus qu'un bateau, Ilboued est l'aboutissement d'une réflexion sur l'art de voyager à la voile et sur ce que peut être un véritable compagnon de route pour les grandes aventures maritimes.